4 axes de comparaison entre agriculture biologique et conventionnelle

Dernière mise à jour : 13 mai


tracteur en train de labourer d'un côté, deux femmes font des paniers avec des plantes d'un autre

Le bio vs les prix bas ?

La différence entre ces deux agricultures est plus complexe que cela.

Rendez-vous compte qu'en raison des sols, de la santé des habitants, de la préservation de l'environnement, l'agriculture biologique doit devenir une évidence.

On sait que l'on vous a pas encore convaincu, nous allons donc détailler tout cela dans l'article pour que vous puissiez enfin savoir ce qui se cache vraiment derrière le bio.


Qu'est-ce que l'agriculture biologique ?

Ce système de production a été crée officiellement en 1985 mais existe en fait depuis très longtemps.

Au milieu du XXème siècle, l'agriculture dite "conventionnelle" est apparue et a amené avec elle les pesticides et les autres produits chimiques.


Cela a au bout de quelques années mis en danger la santé des sols, la biodiversité et causé des dommages sanitaires aux populations agricoles.

Le label bio a donc été crée pour mettre en valeur les producteurs qui prennent des risques de pertes de leur récolte en n'utilisant pas de pesticides mais qui prennent moins de risques sur leur santé, sur celle de la population qui les entoure et sur celle de leurs clients.


L'agriculture biologique comporte des risques de pertes de récolte car elles s'adaptent aux conditions naturelles, il n'y a pas de produits chimiques qui sont utilisées ou d'OGM qui rentrent dans le processus de fabrication.

Or, la nature ne fait pas toujours ce que l'humain attend d'elle, il arrive donc que les éléments naturels ruinent les récoltes.


1. Chimique ou naturel, quelles différences ?

couple taille les plantes au sécateur d'un côté, scientifique dans un labo de chimie d'un autre

Si des produits chimiques sont utilisés en agriculture conventionnelle, c'est donc pour assurer les rendements.

Le rôle de ces pesticides est de tuer les animaux qui pourraient s'approcher des cultures ou d'éliminer les mauvaises herbes.

Il y a également des engrais synthétiques qui ont pour fonction de nourrir les plantes.


L'agriculture biologique ne peut donc pas utiliser tous ces produits mais il est possible d'avoir recours à des pesticides dits "naturels" comme le cuivre ou la terre de diatomée.

Cette solution n'est toutefois pas la meilleure, bien que souvent utilisée en bio, car même si ces pesticides naturels sont bien moins dangereux que les pesticides chimiques, ils ne sont tout de même pas sans danger, que ce soit pour la santé ou pour l'environnement.


Les résidus de pesticides détectables restent quasiment 8 fois moins nombreux en agriculture biologique qu’en conventionnelle d'après le dernier rapport de l’European Food Safety Authority (EFSA) sur les résidus de pesticides dans les aliments.


Un peu plus de 6 % des aliments bio analysés contenaient des résidus détectables de pesticides alors que le chiffre est de 47 pour les aliments issus de l'agriculture conventionnelle (dont 2% dépasse la concentration en pesticides autorisée).

Il n'y a donc rien à voir entre les pesticides bio et les pesticides conventionnels.


Des solutions encore plus saines comme le compostage, l'agriculture régénérative, la permaculture ou même l'utilisation d'animaux (furets, vers) et de leurs engrais pour protéger et faire fructifier les cultures sont tout de même de plus en plus plébiscitées.

Des micro-organismes tels que les bactéries ou les virus peuvent également être utilisés.


2. Les pesticides chimiques, destructeurs pour la santé ?

paysan étranger avec une casquette épand des pesticides dans un champ

Difficile d'évoquer de manière exhaustive avec exactitude tous les méfaits des pesticides sur la santé mais de nombreux dangers sont déjà connus.

Même avec une faible exposition, les pesticides peuvent provoquer plusieurs dysfonctionnements et maladies. De l'infertilité masculine, des cancers...


On sait aussi aujourd'hui que les pesticides ont un effet néfaste sur le développement des fœtus.

Les pesticides peuvent en effet provoquer des avortements spontanés ou de graves malformations fœtales.


Des études épidémiologiques identifiées dans l’expertise collective de l’Inserm ont même attiré l’attention sur les effets d’une exposition aux pesticides, même à faible intensité, au cours des périodes sensibles du développement (in utero et pendant l’enfance).

Les enfants exposés in utero semblent plus susceptibles de développer des leucémies, des malformations congénitales ou des troubles neurodéveloppementaux.


Les effets sanitaires des pesticides peuvent être aigus (à court terme) ou chroniques (à long terme).

Les principales connaissances sur les effets aigus des pesticides proviennent d’observations rapportées chez des travailleurs et de cas d’intoxications documentés par les centres antipoison et de toxicovigilance.


Cela peut se limiter à des signes locaux : irritations cutanéo-muqueuses, réactions allergiques cutanées ou oculaires, vomissements, toux, gêne respiratoire...

Plusieurs organes ou systèmes (système nerveux, foie, rein...) peuvent aussi être atteints.


Pour ce qui est des effets chroniques, des études épidémiologiques ont mis en lumière des liens entre l’exposition aux pesticides et le risque d’apparition de pathologies cancéreuses et certains cancers hématopoïétiques (lymphome non hodgkinien, myélome multiple), neurologiques, de la maladie de Parkinson, de la maladie d'Alzheimer ou encore de troubles de la reproduction, comme on l'avait déjà évoqué.

mari et femme se serrent la main pour se soutenir face à la maladie

Toutes les conséquences néfastes des pesticides sur la santé sont à retrouver dans la très récente publication de l'Inserm sur les pesticides qui est vraiment inquiétante.

Ces études épidémiologiques sont menées auprès de travailleurs qui sont exposés à des doses élevées et de façon fréquente à ces pesticides.


Il y a indéniablement des cancers qui touchent plus les populations agricoles que les autres.

L’estimation du risque pour la population générale ne peut donc pas être directement transposée car il y a des incertitudes sur l'impact qu'ont les quantités de substances ingérées.


Il n'y a toutefois pas que dans l'alimentation que vous pouvez ingérer des pesticides, en utilisant vous-même des produits dangereux pour l'entretien de votre jardin par exemple, vous vous mettez en danger.

L'Institut de veille sanitaire a fait paraître en 2013 un rapport sur le niveau d'exposition de la population française aux pesticides.


L'étude portait sur environ 400 personnes, âgées de 18 à 74 ans, et se concentrait sur trois familles de pesticides : les organochlorés (pour la plupart désormais interdits mais persistants dans l'environnement et l'organisme), les organophosphorés et les pyréthrinoïdes (utilisés pour leur action insecticide).


Les conclusions étaient assez alarmantes car elles montrent que la population française est largement imprégnée (à 90%) par les organophosphorés et les pyréthrinoïdes.

Les doses de pesticides que l'on retrouve dans l'alimentation ne sont en théorie toutefois pas dangereuses.


Le hic, c'est que ces pesticides là sont des perturbateurs endocriniens, la dose n'a aucun impact sur leur effet nocif selon les dernières recherches.

Autrement dit, ils sont dangereux pour vous à partir du moment où vous y êtes confrontés à quelle concentration que ce soit.

Le danger des pesticides est donc bien réel, nous y avons même consacré un article entier.


3. Quel impact environnemental pour les deux types d'agriculture ?

oiseau rose debout déploie ses ailes en pleine forêt très verte

Là encore, la différence est non négligeable.

L'agriculture conventionnelle provoque érosion du sol, pollution de l'eau, perte de la biodiversité...

Il y a d'ailleurs de plus en plus d'études et d'analyses qui mesurent les effets environnementaux des différents types d'agriculture et d'alimentation.


La méthode la plus fiable aujourd'hui pour évaluer les impacts environnementaux de l'agriculture et de l'alimentation est l'analyse du cycle de vie.

Et étonnamment, des études qui utilisent cette méthode arrivent parfois à la conclusion que l'agriculture biologique a impact environnemental plus conséquent que l’agriculture conventionnelle.


Cela s'explique par le fait que l’agriculture biologique produit des rendements plus faibles et utilise donc plus de terres pour compenser cela, ce qui demande plus d'aménagements, participe à l'artificialisation des sols...

Cependant, les analyses qui arrivent à cette conclusion sont souvent trop simplistes.


Trois chercheurs français, danois et suédois, ont publié il y a quelques mois une analyse critique de nombreuses études d’ACV dans laquelle ils expliquent cela.

Ils démontrent que la plupart des études d’ACV actuelles ne prennent pas assez en compte la biodiversité, alors que cette notion est primordiale à la santé des écosystèmes.


La biodiversité est en déclin dans le monde entier en partie à cause de l'agriculture conventionnelle, c'est donc un élément décisif qui n'est pas pris en considération.

Par extension, l'agriculture conventionnelle affecte souvent la qualité des sols et cela n'est pas pris en compte non plus dans les études d'ACV.

deux femmes baladent des chevaux dans des énormes champs

Au-delà de ces éléments, l'agriculture biologique permet à des cultures d'évoluer en symbiose à travers des méthodes comme la permaculture, de telles pratiques ont un impact environnemental positif mais sont difficilement mesurables dans des ACV.

Enfin, et c'est probablement le point le plus important, l’ACV évalue la plupart du temps les impacts environnementaux par kilogramme de produit.


Cela favorise forcément les systèmes intensifs conventionnels qui peuvent avoir des impacts plus faibles par kilogramme de produit, tout en ayant des impacts plus importants par hectare de terre, puisque les pesticides permettent de produire plus sur un espace donné.


Autrement dit, il n'y a pas de méthodes réellement fiable pour mesurer l'impact environnemental exact d'une agriculture, il apparaît tout de même évident que le bio permet de manière générale une meilleure préservation de l'environnement.


Il faut toutefois trier, tout n'est pas idéal dans le bio, le fait de cultiver des fruits hors saison sous des serres chauffées qui émettent du CO2 n'est clairement pas bon pour l'environnement, il y a d'ailleurs des producteurs qui luttent pour que ces produits ne soient plus labellisés bio.

Importer des produits "bio" de l'autre bout du monde n'est également pas la panacée, parlons en plus en détail.


4. Bio importé ou local conventionnel ?

C'est un débat qui existe depuis un bout de temps maintenant, vaut-il mieux manger bio ou manger local ?

Il n'y a pas à choisir en réalité.

D’un pays à l’autre, les règles ne sont pas les mêmes pour le bio, chaque pays autorise et interdit ce qu'il veut.

agronome avec une casquette étudie un champ sous un ciel partiellement nuageux

La France est un des pays qui a les standards les plus élevés, si vous achetez des produits "bio" importés, vous consommez des produits qui ne seraient pas forcément labellisés bio en France (surtout pour les produits venant d'un autre continent).

Il faut en plus prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre générées par le transport qui contribuent au réchauffement climatique.


On pourrait donc se dire qu'il vaut mieux consommer local et pas bio, mais lorsque l'on prend en compte tous les éléments que l'on a cité plus haut, on se rend compte que le bio local est la meilleure solution.

Cela pourrait (devrait ?) même devenir la norme dans le futur.


Cela tombe de toute façon sous le sens, le but de la consommation local est de mettre en valeur les producteurs et les produits locaux, le faire en soutenant l'utilisation de pesticides chimiques qui mettent en danger les populations et la biodiversité locale est incompréhensible.


Conclusion

Vous l'aurez sûrement compris, le bio n'est pas parfait et tous les produits bio ne se valent pas.

Il est tout de même indéniable que d'un point de vue empirique, l'agriculture biologique préserve bien mieux notre santé et celle de la seule planète que nous pouvons habiter que l'agriculture conventionnelle.


Quand vous consommez local, le label bio est un gage de fiabilité, les producteurs et même les simples distributeurs sont strictement contrôlés chaque année, il est impossible d'obtenir ou de conserver le label si vous ne respectez pas scrupuleusement le cahier des charges.

Il peut bien sûr toujours y avoir des fraudes, mais c'est un très label sérieux.

plantes vertes plantes dans la sont arrosées à grosse goutte

On peut donc se dire que les choses avancent positivement car les dégâts causés par l'agriculture conventionnelle et ses pesticides sont en passe d'être minimisés.

L'agriculture biologique a une place chaque année plus importante dans l’agriculture mondiale.


Les deux seuls "freins" à la démocratisation globale du bio sont des idées reçues.

La première idée reçue, c'est qu'il est impossible de nourrir des milliards d'être humains en "bio".

C'est faux, les études qui le démontrent se font de plus en plus nombreuses, les 9 milliards d'êtres humains qui devraient habiter la Terre en 2050 pourront être nourris avec des processus naturels si nous faisons ce qu'il faut.


La deuxième idée reçue est de penser que le bio est trop cher et réservé à une élite.

Il est vrai que les producteurs qui travaillent en bio sont obligés de faire payer leurs produits plus chers puisque les rendements ne sont pas les mêmes comme on l'a expliqué.


Toutefois, l'alimentation idéale du futur pour que tout le monde puisse être nourri en bio présente une grande différence avec notre alimentation actuelle : nous allons manger moins de viande.


La viande ayant en plus un impact environnemental conséquent, il apparaît clair que nous devons en manger moins et éduquer les jeunes générations pour qu'elles fassent de même.

La viande étant le type d'aliments le plus cher, la boucle est bouclée, nous pouvons y arriver et mieux nous alimenter collectivement, encore faut-il que nous ayons la volonté...

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