5 choses à savoir sur l'investissement vert (finance, entreprise...)

Dernière mise à jour : 1 juin


Homme avec des billets de cent euros dans la main dans un champ

Comment investir dans l'économie verte ?

Immobilier, énergie... les fonds d'investissement jouent de plus en plus la carte de la durabilité et investissent dans des projets dits "verts".

Est-ce que ces investissements sont intéressants et peuvent-ils surtout nous permettre de sortir de la crise écologique dans laquelle nous sommes ?

Nous allons nous efforcer de répondre à ces questions aujourd'hui...


1. Qu'est-ce qu'un investissement vert ?

L'urgence climatique porte de mieux en mieux son nom, on se rend compte chaque année un peu plus qu'il va réellement falloir transformer nos sociétés pour éviter que la Terre ne soit inhabitable dans quelques décennies.


En plus de cela, d'autres catastrophes environnementales comme la gestion des déchets, provoquent des dégâts sanitaires et rendent de plus en plus de villes désagréables, ce qui accélère la prise de conscience de beaucoup de gens.

Ainsi, comme toutes les autres strates de la société, le monde de la finance s'intéresse aujourd'hui à l'écologie.


A une échelle moindre, il y a également de plus en plus de particuliers qui cherchent à placer leur argent dans des projets vertueux.

L’investissement vert est donc censé financer des projets d'entreprise qui cherchent à arranger la situation environnementale.


Cela peut concerner les énergies renouvelables, la réduction des déchets, la lutte contre la déforestation...

L'accord de Paris sur le climat signé en 2015 par l'extrême majorité des pays du globe a accéléré l'essor de l'investissement vert.

Hommes en costume en train de se serrer la main

L'un des objectifs de cet accord est en effet selon le texte de rendre "les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques".


Toutefois, le but de l’investissement vert n'est pas seulement écologique mais aussi financier, l'investissement "responsable" est l'une des grandes tendances actuelles et la rentabilité commence à être sérieusement au rendez-vous comme on le verra à la fin de l'article.


Cette tendance est mondiale, mais il y a tout de même un réel attrait en France, le pays figure parmi les premiers au classement européen de la gestion des fonds verts, avec la Suisse et le Royaume-Uni.

Ce classement est intéressant car les pays qu'on n'y retrouve ne sont pas ceux qui ont les politiques écologiques les plus poussées, en Europe, ce sont plutôt les pays nordiques qui sont en avance de ce côté.


2. L'investissement vert est-il une garantie de résultat ?

Si la France est une des championnes européennes de l'investissement vert, c'est peut-être parce qu'elle cherche à être la "start-up nation". L'idée de l'investissement vert est de financer des projets qui nécessitent des investissements lourds, ces projets concernent d'ailleurs souvent les énergies renouvelables, un secteur qui est pour le moins incertain.

En France, il y a des tas de start-up différentes qui tentent de développer des innovations dans le domaine des énergies solaires et éoliennes (batteries, piles à combustible, revêtement photovoltaïque...) et même des énergies marines, de la biogaz, de l'hydrogène vert...

Éoliennes et panneaux solaires dans des champs sous un ciel bleu

Dans les faits, ces projets ne changent pas encore la situation énergétique du pays.

La production d'énergie électrique renouvelable est discontinue et surtout, les taux de retour énergétique sont pour l'instant très bas.

La nuit, les énergies solaires ne fonctionnent pas et les éoliennes terrestres ne peuvent pas produire tout le temps car il n'y a pas tout le temps du vent.


Ces sources d'énergie ne sont donc pour l'instant que des compléments en cas de trop grande consommation sur le réseau électrique, mais ne sont pas en mesure de remplacer les centrales à charbon, le fuel, le gaz ou le nucléaire qui est principalement utilisé en France.

Le stockage de l'électricité produite par les renouvelables est bien-sûr envisagé mais cela est encore au stade de la recherche.


Les énergies renouvelables n'arriveraient même pas à couvrir la moitié des nouveaux besoins en énergie, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

On peut donc se demander si cet argent est bien investi dans le but d'endiguer le dérèglement climatique.


3. Quel contrôle sur la réelle utilité de ces investissements ?

La définition de l'investissement vert est très floue, pour la simple et bonne raison que la préservation de l'environnement fait toujours débat.

Pour rester dans le domaine des énergies renouvelables, l'éolienne est une aberration écologique pour certains là ou elle est une solution viable pour d'autres.


On peut dire que les éoliennes mettent en danger la biodiversité et génèrent énormément d'émissions de gaz à effet de serre lors de leur fabrication car elles sont souvent construites à l'aide d'énergies fossiles.

Pleins d'éoliennes dans une plaine de verdure sous un ciel orange

On peut aussi dire qu'elles génèrent moins de risques environnementaux et humains que l'énergie nucléaire et qu'elles représentent donc une réelle solution.

Un projet d'éolienne est-il donc vraiment un investissement vert ?

Il n'y a pas de normes claires qui permettent de l'affirmer ou de l'infirmer et c'est un problème.


Il existe des labels et certifications mais là encore, il n'y a pas de critères très clairs.

Le plus connu est sûrement le label ISR (Investissement Socialement Responsable) qui a été créé à la suite de la COP21 en 2015.

Ce label a pour but d'identifier les fonds d’investissement qui ont recours à la méthodologie d’Investissement Socialement Responsable, mais il n'y a aucune donnée chiffrée ou d'obligation de résultat qui sont demandés pour qu'il soit accordé.


Il y a ensuite le label Greenfin (anciennement label "Transition énergétique et écologique pour le climat") qui a la particularité d'exclure tous les fonds d'investissement qui placent leur argent dans le nucléaire ou dans les énergies fossiles.

Pour le secteur immobilier, il y a le label BBC et la Réglementation Thermique 2020 (RT 2020).


Le but est de rendre les bâtiments moins énergivores car l'immmobilier est un des secteurs qui génèrent le plus d'émissions de CO2 (26% des émissions en France).

Dans la même veine, il y a la certification HQE (Haute Qualité Énergétique) qui a la même vocation que le label RT 2020.


La certification se rapporte du cycle de vie des bâtiments, de leur programmation à leur démolition, ce qui la rend assez intéressante.

Ces labels peuvent donc être utiles, mais il serait tout de même très exagéré de dire que tous les investissements qui se disent "verts" le sont réellement, même si ils sont labellisés.


4. Comment l'investissement vert se met en place concrètement ?

Femme en train de faire une présentation devant ses collègues

En plus des fonds d'investissement dont on a assez parlé, l'investissement vert se développe en grande partie à l'aide du crowdfunding.

Le crowdfunding fonctionne de mieux en mieux pour tous types d'entreprises mais dans des grands projets d'investissement vert, la manœuvre est un petit peu différente.


On parle en effet plus de crowdlending dans ces cas-là, c'est un véritable investissement, il n'y a pas de dons ou de contreparties comme dans un crowfunding classique.

L’investisseur prête le montant qu'il a lui-même au porteur du projet, en fonction de la durée (de quelques mois à plusieurs années), il est remboursé par l'entreprise du montant investi majoré des intérêts (sauf si l'entreprise ne fonctionne pas et fait faillite).


Faites attention à bien vérifier la fiabilité des plateformes si vous souhaitez vous lancer dans de tels projets, plusieurs cas d'arnaques ont été recensés.

Autre phénomène qui se développe, les néo-banques ou banque "éthique".

Certaines structures se lancent aujourd'hui avec comme idée de départ de faire vivre votre argent en investissant dans des "projets à impact".


Problème ? Il est difficile de savoir exactement où va votre argent, ce n'est pas un investissement direct que vous faites vous-même, vous êtes tributaire de la vision des personnes à qui vous le confiez.

Il en va de même pour les "placements verts" ou les "épargnes vertes" qui sont proposées dans les banques classiques.


Ces placements là sont même pire en réalité, prenons l'exemple de la BNP Paribas.

Cette banque est à la fois dans le classement des banques qui gèrent le plus de "fonds verts" mais est aussi la banque française qui investit le plus dans les énergies fossiles.

C'est donc aujourd'hui clairement un moyen à part entière de faire du profit pour les fonds banques et c'est même un secteur porteur, il est possible de gagner de l'argent avec de "l'investissement responsable" et de le réinvestir dans des projets très obscurs.

Billets de 100 dollars sont imprimés

Cette pluralité de "solutions" attire l'attention des entreprises qui savent en plus qu'elles pourraient compter sur le côté éthique et solidaire qu'offre des solutions de financement comme le crowdfunding dans leur stratégie marketing.

Comme tous projets lucratifs, il peut y avoir des dérives, l'investissement vert est-il donc vraiment éthique ?


5. Business as usual ?

C'est la question que l'on se pose toujours lorsque l'on voit des entreprises lancés des initiatives écologiques ou sociales, n'est-ce pas un moyen comme un autre de faire du business ?

Ou pire, n'est-ce pas du greenwashing ?

Il est clair qu'avec 30 700 milliards de dollars, l'investissement "durable" est une affaire de gros sous.

Investir dans l'économie verte était au début du mouvement moins rentable que d'investir dans l'économie classique, ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui.


Les porteurs de projets "verts" font en effet ce qu'il faut pour que leurs projets attirent les investisseurs et soient rentables.

Un placement vert reste un placement qui doit s'accompagner d'un business model qui assure la rentabilité du projet et qui ne doit pas être trop risqué.


Le hic, c'est que cette quête de profit peut rendre le projet de moins en moins vert.

On fait une concession par ici, on choisit un fournisseur un peu moins local parce qu'il est moins cher par là et on se retrouve vite assez loin de l'idée de départ.

On ne peut pas dire que l'investissement vert n'est pas différent de l'investissement classique, il y a une réelle volonté de faire les choses mieux.

Homme fait une présentation devant ses collègues avec un ordinateur

Simplement, quand on cherche à plaire à des investisseurs, on peut vite se perdre, au-delà des considérations environnementales, des projets dits verts sont parfois discutables d'un point de vue social, la notion de commerce équitable n'est pas toujours respecté, les circuits de fournitures à l'étranger ne sont pas toujours transparents...


Les encours de "l'investissement responsable" augmente de plus de 30% chaque année et atteignent aujourd'hui près de 2000 milliards d'euros gérés en France.

Certains experts estiment, qu'il faudrait 600 milliards d'euros par an pour financer la transition écologique, l'argent n'est donc en théorie pas un problème.


A condition que cet argent soit investit dans l'économie réelle, c'est à dire dans la vie de tous les jours pour les différentes catégories sociales.

Les projets immobiliers qui veulent créer de supers maisons qui fonctionneront avec des panneaux solaires sont très alléchants mais cela ne règlera pas le problème.


Il est bien plus urgent d'investir dans l'isolement des bâtiments pour le plus grand nombre car si les bâtiments sont mieux isolés, les gens utilisent moins le chauffage (ou la clim), utilisent donc moins d'énergie et émettent moins de CO2.

SI l'argent balance de fond d'investissement en fond d'investissement ou de compte épargne en compte épargne, les choses n'avanceront pas, même si les projets sont intéressants.


Conclusion

Lettre colorées forment la phrase slow down sur un tissu blanc

Il n'y a pas de scénario dans lequel nous continuons dans le même modèle financier et où la situation climatique s'arrange, les spécialistes ont déjà établi que la "croissance verte" est un leurre, il va falloir que nous consommions moins et que nous utilisions moins d'énergie. En 2019 (avant la pandémie), la demande énergétique mondiale a continué d'augmenter. Cette augmentation de 1,3% a fait suite à celle de +2,8% qui avait eu lieu en 2018 et qui était un record sur les dix dernières années.


La hausse des émissions de CO2 était même de 1,7 % à elle seule cette année là.

82% de l'énergie mondiale est toujours produite par des ressources fossiles à l'heure actuelle.

Il est totalement lunaire de penser que nous pourrions utiliser autant d'énergie en utilisant des énergies renouvelables.


Même avec du nucléaire, ce ne serait pas possible, la filière nucléaire est trop lente pour se développer au niveau mondial et son coût a augmenté avec la concurrence des renouvelables.

Une étude du MIT (Institut technologie du Massachussets aux Etats-Unis) indique même qu'au rythme actuel, il faudrait 363 ans, pour produire l'énergie nécessaire à la transition avec du nucléaire.


Le constat est donc clair, investissement vert ou pas, il est temps de ralentir...

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