Le danger des pesticides

Dernière mise à jour : 27 oct.


homme épand des pesticides dans son jardin avec une machine

L'impact sur la santé et sur l'environnement des pesticides utilisés en agriculture alimentaire non bio est grand.

Des enfants jusqu'aux personnes âgées, tout le monde est touché par ces pratiques sans que l'on y prête vraiment attention.


La connaissance scientifique étant de plus en plus avancée, il est maintenant possible de tirer un certain nombre de conclusions sur les effets néfastes de ces produits.

Nous allons donc passer cela en revue aujourd'hui pour que vous puissiez acheter vos produits alimentaires de manière plus éclairée.


Qu'est-ce qu'un pesticide ?

Un pesticide ou produit phytosanitaire est une substance très souvent chimique qui a pour fonction de détruire une ou plusieurs espèces d'êtres vivants.

Les plus répandus sont les herbicides qui servent à lutter contre les mauvaises herbes, les insecticides qui servent à lutter contre les insectes et les fongicides qui permettent de lutter contre les champignons.


Il existe cependant beaucoup de nombreuses autres variétés de pesticides : contre les rongeurs, les corbeaux...

L’exposition aux pesticides peut se faire directement dans le cadre de leur fabrication ou de leurs utilisations professionnelles ou domestiques, mais aussi de manière indirecte via l’air et/ou l'alimentation.


Dangers des pesticides sur la santé

Difficile d'évoquer de manière exhaustive avec exactitude tous les méfaits des pesticides sur la santé mais de nombreux dangers sont déjà connus.

Même avec une faible exposition, les pesticides peuvent provoquer plusieurs dysfonctionnements et maladies. De l'infertilité masculine, des cancers...

matériel d'un médecin avec un stéthoscope, un verre d'eau, des pilules et un suppositoire

On sait aussi aujourd'hui que les pesticides ont un effet néfaste sur le développement des fœtus.

Les pesticides peuvent en effet provoquer des avortements spontanés ou de graves malformations fœtales.


Des études épidémiologiques identifiées dans l’expertise collective de l’Inserm ont même attiré l’attention sur les effets d’une exposition aux pesticides, même à faible intensité, au cours des périodes sensibles du développement (in utero et pendant l’enfance).

Les effets sanitaires des pesticides peuvent être aigus (à court terme) ou chroniques (à long terme).


Il est toutefois compliqué d’identifier précisément les substances auxquelles un individu a été exposé tout au long de sa vie.

L'exposome correspond à la totalité des expositions à des facteurs environnementaux que subit un organisme humain de sa conception à sa fin de vie en passant par le développement in utero.


Cette accumulation de facteurs qui est propre à chaque individu empêche d'attribuer le développement d'une maladie à une cause bien spécifique, il est nécessaire de prendre en compte les expositions cumulées à tous types de produit.


En dehors des pesticides, nous sommes tous exposés à d'autres substances chimiques et à de nombreuses autres choses (polluants atmosphériques, médicaments, tabac, alcool, rayonnements ultraviolets, déséquilibres alimentaires, stress psychologiques et socio-économiques…).


Les susceptibilités individuelles, en particulier génétiques, doivent aussi être prises en compte dans l’interprétation des effets sanitaires en lien avec les pesticides.

Les principales connaissances sur les effets aigus des pesticides proviennent d’observations rapportées chez des travailleurs et de cas d’intoxications documentés par les centres antipoison et de toxicovigilance.

paysan fatigué tient un balai, porte un chapeau et des gants et regardent vers le sol d'un air dépité

Cela peut se limiter à des signes locaux : irritations cutanéo-muqueuses, réactions allergiques cutanées ou oculaires, vomissements, toux, gêne respiratoire...

Plusieurs organes ou systèmes (système nerveux, foie, rein...) peuvent aussi être atteints.


Pour ce qui est des effets chroniques, des études épidémiologiques ont mis en lumière des liens entre l’exposition aux pesticides et le risque d’apparition de pathologies cancéreuses et de certains cancers hématopoïétiques (lymphome non hodgkinien, myélome multiple) et neurologiques.


Il y a aussi un lien avec la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer ou encore les troubles de la reproduction comme on l'avait déjà évoqué.

Toutes les conséquences néfastes des pesticides sur la santé sont à retrouver dans la très récente publication de l'Inserm sur les pesticides qui est très inquiétante.


Ces études épidémiologiques sont menées auprès de travailleurs qui sont exposés à des doses élevées et de façon fréquente à ces pesticides.

L’estimation du risque pour la population générale ne peut donc pas être directement transposée car il y a des incertitudes sur l'impact qu'ont les quantités de substances ingérées.


L’étude de cohorte Agrican permet de suivre l’état de santé des agriculteurs et d’étudier les effets de certains pesticides dans le but d’établir un lien entre l’utilisation de produits chimiques et la maladie.

Elle est menée depuis 2005 par des chercheurs de l’Inserm et porte sur 180 000 personnes différentes qui sont réparties dans onze départements.


Les premiers résultats de cette étude ont été publiés en 2014 et ils ont démontré que certains cancers touchent davantage les agriculteurs que le reste de la population.


Qu'en est-il pour le reste de la population ?

repas sain avec salade et divers accompagnements servi avec des cuillères en bois

Du côté des consommateurs, vous pouvez ingérer des pesticides en mangeant des aliments qui ont été cultivés avec des pesticides mais aussi en utilisant vous-même des produits dangereux pour l'entretien de votre jardin par exemple.

L'impact indirect des pesticides par ces biais là est encore à l'étude mais les scientifiques sont déjà inquiets.


L'Institut de veille sanitaire a fait paraître en 2013 un rapport sur le niveau d'exposition de la population française aux pesticides.

L'étude portait sur environ 400 personnes, âgées de 18 à 74 ans, et se concentrait sur trois familles de pesticides : les organochlorés (pour la plupart désormais interdits mais persistants dans l'environnement et l'organisme), les organophosphorés et les pyréthrinoïdes (utilisés pour leur action insecticide).


Les conclusions étaient assez alarmantes car elles montrent que la population française est largement imprégnée (à 90%) par les organophosphorés et les pyréthrinoïdes.

Les doses de pesticides que l'on retrouve dans l'alimentation ne sont en théorie pas dangereuses.


Le hic, c'est que ces pesticides là sont des perturbateurs endocriniens, la dose n'a aucun impact sur leur effet nocif.

Autrement dit, ils sont dangereux pour vous à partir du moment où vous y êtes confrontés à quelle concentration que ce soit.


Les habitants voisins de domaines agricoles sont tout particulièrement concernés par les pesticides qui, après un épandage, vont être transportés dans l'air.

La contamination peut donc se faire de manière plus directe pour eux par voie respiratoire.

enfants courent dans l'herbe dans un parc entourés d'arbres

Les enfants vivant à proximité de zones agricoles courent également le risque de toucher des plantes aspergées de gouttelettes de pesticides, puis de mettre les mains à leur bouche.

Ils peuvent aussi être exposés dès la grossesse car les pesticides passent la barrière placentaire.


Ainsi, toujours selon certains travaux compilés par l'Inserm, les enfants exposés in utero semblent plus susceptibles de développer des leucémies, des malformations congénitales ou des troubles neurodéveloppementaux.

Ils sont, selon les estimations, tout autant exposés que les enfants des personnes qui travaillent sur ces exploitations.


L'accumulation de l'utilisation de différents pesticides dans des domaines distincts est d'ailleurs préoccupante.

De très nombreuses substances (insecticides, antimoisissures, destructeurs de mauvaises herbes, agents de dératisation...) appartenant à des familles chimiques différentes peuvent se mélanger et causer ce que l'on appelle communément un "effet cocktail".


Certaines études révèlent que les effets séparés de différents pesticides n'ont pas d'impact mesurable sur le risque de cancer tandis que leur action conjointe augmente considérablement le risque...


Comment se protéger des pesticides ?

Le plus évident pour les consommateurs est de se nourrir avec des aliments "bio".

Les pesticides qui sont incriminés dans toutes les études citées plus haut ne sont pas utilisés en agriculture biologique.

Toutefois, vous ne le savez peut-être pas, mais l’agriculture biologique peut, elle aussi, utiliser certains pesticides.

cuillères et fourchette en plastique avec des pailles qui forment un stop

Les produits utilisés ne sont cependant pas chimiques et se dégradent plus vite que les pesticides de synthèse (à part pour le cuivre et le soufre).

Certains producteurs bio ne les utilisent même pas et utilisent par exemple le désherbage mécanique ou des animaux comme les vers.


Va t-on être bientôt débarrasser des pesticides ?

Depuis le temps que nous entendons parler des pesticides et avec le développement de la filière bio, on aurait pu penser que l'utilisation de produits de ce type avait diminué, mais il n'en est rien.

C’est même l’inverse, il y a plus de 66 000 tonnes de pesticides qui sont encore épandues chaque année en France.


L'augmentation est même de 30 % depuis 2010 selon les mêmes chiffres.

Il y a bien sûr des contrôles qui sont menés et qui sont censés éviter que la concentration de pesticides que l'on retrouve dans les aliments ne soit dangereuse.

Cela n'est malheureusement pas suffisant, les connaissances humaines étant limitées, on découvre parfois un peu trop tard les risques liés à l'utilisation de produits qui sont épandues en masse depuis des années.


L'exemple récent de l’époxiconazole illustre bien cela.

Il y a quelques mois, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a ordonné le retrait de ce fongicide qui était déjà considéré depuis un certain temps comme "cancérogène suspecté" et présumé toxique pour la reproduction.


Il a été retiré du marché car de nouvelles études ont mis en avant son caractère de perturbateur endocrinien que l'on évoquait plus haut après dix ans d'utilisation sur les champs de céréales…

Les molécules autorisées en France sont classées selon leur niveau de toxicité.

billets venant de différents et de différentes couleurs sont entassés

Certains pesticides vendus en France appartiennent par exemple à la catégorie des plus toxiques, suspectés notamment d’être à la fois "cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques".

Leurs dangers sont donc avérés, mais leur emploi est toujours autorisé car les autorités sanitaires estiment que les consommateurs ne seraient pas exposés à des doses "assez" fortes pour engendrer ce genre de risques.


Le business des pesticides est un business juteux.

On estime à près de 5 millions le nombre de tonnes de pesticides qui sont répandus chaque année dans le monde.

Ce marché est contrôlé par une poignée de multinationales, les Big Six (Bayer, Syngenta, DuPont, Dow, BASF et le tristement célèbre Monsanto).


Chaque année, ces entreprises dépensent des sommes astronomiques en lobbying dans le but d'influencer de différentes manières des parlementaires, fonctionnaires et scientifiques.

Le récent scandale des "Monsanto Papers" a par exemple fait couler beaucoup d'encre.


Des scientifiques ont rédigé des articles qui niaient les liens entre glyphosate (un produit commercialisé par Monsanto) et cancer, alors qu’ils étaient rémunérés par la firme.

Vous vous dites peut-être que les industriels ne sont pas les seuls responsables mais que les agriculteurs qui utilisent ces pesticides le sont aussi, mais c'est un peu plus complexe que cela...


L'importance de consommer local...

Les agriculteurs et leurs familles sont en première ligne concernant les dangers sanitaires liés à ces pesticides comme on l'a expliqué, si ils continuent de les utiliser, c'est bien parce qu'ils n'ont pas le choix.

Près de 19% des ménages agricoles sont en situation de pauvreté et face à la concurrence qui se fait de plus en plus rude, ils n'ont d'autres choix que d'utiliser ces produits pour survivre.

bateau plein de conteneurs attaché au port sous un ciel nuageux

La concurrence est plus rude car de nombreuses grandes enseignes peuvent se fournir à l'étranger dans des pays où tout est moins cher et où ils se fournissent à des prix plus bas.

Les importations ne sont donc pas seulement responsable de très nombreuses émissions de gaz à effet de serre mais mettent également en difficulté les producteurs locaux.


Les problèmes avec les importations ne s'arrêtent pas là.

Chaque année, c'est pas moins de 3,2 millions de tonnes de fruits et légumes qui sont importés du monde entier.

Chaque Etat étant libre d’homologuer les pesticides dans son propre territoire, beaucoup de pays fournisseurs utilisent des pesticides qui sont interdits en France et en Europe.


Vous consommez donc des pesticides que les autorités sanitaires françaises ont jugés comme trop dangereux pour être utilisés si vous mangez des produits importés non bio (attention au soja du brésil).

Chaque année, la DGCCRF analyse des tonnes de fruits et légumes pris au hasard sur le marché français.


Selon des tests récents, 3% des échantillons de fruits et 2,4% des échantillons de légumes affichent des teneurs en pesticides qui ne sont pas conformes aux limites fixées par les autorités de santé.

Vous comprenez donc l'importance de consommer local et bio que ce soit pour les fruits et légumes ou pour autre chose.

fruits et légumes en vrac sur un étalage de supermarché

Vous incitez ainsi les agriculteurs qui essayent de faire les choses bien en leur permettant d'être rentable avec ce modèle.

Vous pouvez aussi acheter les produits d'agriculteurs qui sont "en conversion", (c'est à dire qu'ils sont en train de faire la transition entre une agriculture non bio et une agriculture bio) pour les encourager dans cette voie.


Vous pensez peut-être que consommer bio et local coûte cher, vous avez à la fois tort et raison.

Vous avez raison dans le sens où entre du riz cultivé avec des pesticides à l'autre bout du monde et du riz et du riz bio cultivé en Camargue, le plus cher sera le deuxième.


Cependant, il existe un moyen simple qui vous permet de réduire vos dépenses et qui vous permet de mieux de vous alimenter.

Cela s'appelle... manger moins de viande !

La viande, (surtout la viande rouge) en plus d'être dangereuse pour votre santé, coûte assez cher.


En diminuant votre consommation ou en arrêtant carrément d'en manger pour inviter à votre table plus de légumineuses, de céréales complètes et de graines, vous allez faire du bien à votre santé sans perdre aucun nutriment.


Vous réaliserez en plus de cela des économies qui vous permettront de faire des choix de consommation qui sont plus en accord avec vos valeurs.

Faites donc les bons choix, ne l'oubliez pas, consommer c'est voter...

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