Les épices sont-elles bonnes pour la santé ?

Dernière mise à jour : 11 mars


épices de différentes couleurs vives en vrac sur une table grise

Est-ce bon pour la santé de manger épicé ?

Les mélanges d'épices sont décrits comme plein de bienfaits dans les livres mais les meilleurs indicateurs en terme de santé et d'alimentation sont bel et bien ceux qui proviennent de la recherche scientifique.


Nous allons donc parler aujourd'hui des études scientifiques qui concernent les épices et des effets qu'elles peuvent avoir sur notre corps (spoiler : certaines épices peuvent s'avérer dangereuses).


Le curcuma et le gingembre, les faux amis

Stars de nombreuses recettes "healthy" et vus comme des aliments santé par beaucoup, le curcuma et le gingembre ont le vent en poupe.

Il est vrai qu'ils peuvent avoir certains bienfaits pour l'organisme, mais ils peuvent aussi avoir des effets très indésirables dont on parle plus rarement.

En effet, le curcuma est quasiment proscrit pour les personnes qui souffrent de calculs rénaux et les personnes qui souffrent d'une maladie du foie doivent aussi demander l'autorisation à leur médecin avant d'en consommer.

Cela est dû au fait que la curcumine, composant principal de la plante, est un anticoagulant.


Il y a donc de grands risques que le curcuma interagisse avec des traitements qui ont déjà pour but de fluidifier le sang et d'éliminer les caillots. C'est également le cas pour un certain nombre d'anti-inflammatoires qui peuvent aussi voir leurs effets annuler par l'action du curcuma.


En outre, la curcumine peut être à l’origine de brûlures d'estomac, de ballonnements ou encore de vomissements.

Le gingembre a en fait un peu les mêmes effets et est donc contre indiquée pour les mêmes personnes (surtout celle qui prenne des anticoagulants).


Le piment, danger potentiel pour votre estomac

8 piments rouges de différentes tailles alignés sur une table

On poursuit avec quelque chose qui est cette fois un peu plus connue, le piment peut vous causer de sévères maux de ventre.

Pourquoi ? Le piment aggrave les sensations de brûlures à l'estomac car il est riche en capsaïcine, une substance qui irrite l'œsophage et stimule la production de sucs gastriques.


Cela favorise donc le risque de reflux gastro-œsophagien (en clair, vous risquez de passer beaucoup de temps aux toilettes).

Vous avez donc une explication à vos brûlures d'estomac et on rajoute que les épices à la saveur piquante comme les piments ou le poivre peuvent vous irriter les muqueuses si vous les consommer en quantités importantes.

Cela peut aller jusqu'à provoquer des crises d'hémorroïdes.

Enfin, des études ont établi un lien entre piment et cancer de l'estomac et gastrique.

Des chercheurs chinois ont décidé en 2020 d'analyser les données de 13 études portant sur 3095 cas et 4 761 témoins.


Les principales conclusions de cette méta-analyse sont qu'une consommation moyenne ou élevée de piment fort est associée à un risque 1.96 fois plus grand de cancers de l'estomac/gastrique.

De plus amples analyses ont toutefois révélé qu'une consommation modérée était moins dangereuse que cela.


Une autre étude, réalisée par l'Institut national de santé publique du Mexique cette fois, a tout de même démontré qu'une consommation modérée ou élevée de capsaïcine augmentait de manière synergique le risque de cancer de l'estomac chez les individus génétiquement prédisposés.


Un risque d'urticaire avec les épices

adolescent fatigué avec un pull marron met une main sur son visage

On y pense rarement mais les épices peuvent en effet provoquer des réactions allergiques.

Piment, paprika et fenugrec sont principalement concernés mais cela peut arriver avec toutes les épices.

Ces allergies se manifestent par un prurit autour de la bouche, des difficultés respiratoires, de l’urticaire, voire un œdème de Quincke.


Il n'y aucun autre moyen d'éviter cela pour les personnes allergiques que de se priver de ces épices.

Il est d'ailleurs important de regarder attentivement les étiquettes des produits transformés (voire de ne pas les consommer), car des épices comme le safran servent parfois seulement de colorant mais sont tout de même présentes.


La noix de Muscade, beaucoup moins inoffensive qu'il n'y paraît

On arrive à la partie la plus invraisemblable de l'article. Vous connaissez sûrement la noix de muscade et vous ne vous êtes probablement jamais dit qu'elle pouvait être dangereuse. Eh bien, détrompez-vous, il y a déjà 16 ans, un article publié dans l’Emergency Medicine Journal avait tiré la sonnette d'alarme.


On peut en effet lire dans cet article que la noix de muscade est parfois utilisée à des fins récréatives.

Le muscadier est une plante qui a des propriétés hallucinogènes et qui possède des effets psychotiques.


Vous vous dites peut-être qu'il faut en consommer des quantités astronomiques pour arriver à ce niveau d’intoxication mais ce n'est pas le cas.

Une jeune femme de 18 ans s'est en effet retrouvé en "état de transe" après avoir râpé 50 grammes de noix de muscade dans son milk-shake.

homme crie et bouge son visage sous une lumière rouge

Dans le détail, elle a été victime de convulsions, d'hallucinations et de vertiges.

L'épice est tellement puissante que plus de 5 grammes de noix de muscade pourrait également entraîner des signes narcotiques et d'engourdissements de certains membres, sans compter les nausées, les crises d'angoisses et l'augmentation du rythme cardiaque.

Un surdosage peut même provoquer la mort.


Le danger d'avoir une alimentation épicée de manière générale

Une étude internationale de très grande ampleur menée auprès de 4.582 personnes chinoises âgées de plus de 55 ans par des chercheurs d'Australie, des États-Unis et du Qatar a montré qu'une alimentation très pimentée pouvait augmenter le risque de démence. Cette étude a fait grand bruit car elle a permis de mesurer les effets à long terme, elle a en effet eu lieu de 1991 à 2006.


Durant ces quinze années, les apports en piment, qui comprenaient à la fois le piment frais et séché, mais pas le poivre ni le piment doux, étaient évalués six fois au cours de l'étude en utilisant un suivi alimentaire de trois jours successifs.

Les fonctions cognitives des sujets ont ensuite été évaluées quatre fois au cours des 15 années de suivi.


Les résultats, publiées dans la célèbre revue nutrients, ont montré que les personnes qui consommaient plus de 50 grammes de piment par jour voyaient apparemment leur risque de déclin cognitif quasiment doubler par rapport aux personnes qui n'en consommaient pas.

équipe de scientifiques avec des blouses blanches fait des tests

Les chercheurs précisent que les mécanismes qui établissent un lien entre l'apport en piment et la baisse des fonctions cognitives ne sont pas encore pleinement établis.

Il y a aussi la possibilité que d'autres facteurs entrent en jeu, des recherches supplémentaires sont donc nécessaires pour pouvoir mesurer l'impact exact du piment sur la santé cognitive.

Conclusion

Les épices ne sont donc pas que mauvaises ou que bonnes pour la santé, il y a des contre-indications en prendre en compte et il faut aussi faire attention à ne pas en manger trop souvent et dans de trop grandes quantités.


Faire attention sur les dosages est vraiment primordial, la cannelle est par exemple bonne pour la santé en théorie mais certains types de cannelle contiennent naturellement de la coumarine, une substance qui, à très fortes doses, peut entraîner des dommages au foie et aux reins.


La question est prise très au sérieux par les médecins, depuis 2011, la cannelle se trouve sur la liste des substances aromatisantes soumises à une réglementation et ne doit pas être présente à plus de 2 mg/kg dans les produits industriels. C'est la Commission Européenne qui a pris cette décision.


Il y a également une grande part d'inconnue avec les épices comme on a pu le voir avec le piment et le déclin cognitif.

Ainsi, il y a des épices que l'on a considéré comme sans danger pendant très longtemps et qui se sont ensuite avérées être très nocives.

épices de différentes couleurs en vrac dans des sacs sur un marché

Dernière chose à laquelle il faut faire attention concernant les épices : leur intégration aux compléments alimentaires.

Ces derniers sont en effet souvent très dangereux et s'attirent souvent les foudres des autorités de santé.


Pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) déconseille la consommation de plantes contenues dans certains compléments alimentaires pouvant "perturber les défenses naturelles de l’organisme en interférant notamment avec les mécanismes de défense inflammatoires utiles pour lutter contre les infections".


Ces compléments alimentaires qui contiennent souvent des épices exotiques et qui se présentent toujours comme "revitalisants" ou "indispensables" rendraient donc votre système immunitaire moins fort (c'est un peu un comble).


On se doute que vous allez réduire votre consommation d'épices après avoir lu tout cela et pour éviter que vos recettes ne manquent de goût, pensez aux herbes aromatiques !

Ces dernières peuvent en plus représenter une alternative locale aux épices qui sont importés et parfois dans des conditions plus que douteuses.


Herbes de provence, basilic, ciboulette... ces plantes qui poussent sur le sol français apportent du goût et de la couleur à vos plats et ont de très nombreux bienfaits pour la santé. Le compromis idéal pour remplacer les épices donc !


C'est tout pour aujourd'hui, prenez soin de vous et des autres !!!


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