Make friday green again ?

Dernière mise à jour : 14 mai


jeune fille entourée d'arbres dans une forêt en train de rire

Depuis 2017, toutes les plus grandes villes de France (Lyon, Toulouse, Paris...) sont au rythme du black friday et des envies des magasins qui ont trouvé une nouvelle excuse pour vendre en masse à cette période de l'année.


Cependant, de plus en plus de marques se "rebellent" contre ce nouvel évènement et s'investissent dans le "green friday", un évènement qui a pour but de remettre les préoccupations environnementales au cœur des problématiques de consommation.

Nous allons nous y intéresser de plus près aujourd'hui...


D'où vient le black friday ?

Le black friday existe depuis les années 1950 aux USA, c'est à l'origine le dernier vendredi de Novembre qui est appelé ainsi. C'est le lendemain de Thanksgiving, une fête historique américaine qui n'a pas grand chose à voir avec le reste du monde.


Pour l'anecdote, l’expression Black Friday aurait été utilisée en premier par la police de Philadelphie qui appelait comme cela les routes et les trottoirs inondés de monde qui allait faire du shopping ce jour là.

Cette journée de promotions qui marque le début des achats pour les fêtes de fin d’année est aujourd'hui devenue une semaine d'achats, voire deux, on entend parler de black friday dès mi-novembre aujourd'hui.


Cette tradition a ensuite été importée en France, principalement par les multinationales américaines, en 2013, et prend réellement de l'ampleur depuis 2017.

Il y a donc des remises "impressionnantes" à chaque fin du mois de novembre pour inciter les consommateurs à acheter davantage.

objets inutiles sont soldés avec des couleurs vives sur une table blanche

La proximité de cet évènement avec Noël est une aubaine pour les marques, elles peuvent à l'aide des "réductions" inciter les gens à acheter trois cadeaux de noël au lieu d'un seul par exemple.

Comme pour toutes les promotions, la notion d'urgence est importante dans le black friday, le but est de donner aux consommateurs l'impression que ce qui leur est proposé est inratable et que ce serait un véritable échec s'ils ne profitaient pas de telle ou telle offre.


Les couleurs sont tapantes, il y a des bruits assourdissants, il y a des mises en scène avec des personnages affolés qui donnent l'impression qu'ils vont voir leur vie changer en achetant ce produit...

Tout est fait pour créer un sentiment d'urgence dans ces publicités.


Le black friday symbolise aujourd'hui cette consommation effrénée qui part des Etats-Unis pour s'étendre dans le monde entier.

Tout cela est très profitable pour les grandes marques, mais on sait aujourd'hui que la surconsommation a des effets qui sont extrêmement délétères.

​C'est quoi le problème au juste ?

Le principe même de soldes est devenu pervers en 2022. Le but des soldes était à l'origine de vendre des produits au rabais, parfois à prix coûtant ou même à perte dans le but d'écouler les stocks pour ne pas avoir à s'en débarrasser, et ceux qui ne pouvait pas se les procurer en temps normal pouvaient en profiter.


Aujourd'hui, il y a des promotions absolument tout le temps et plus personne ne connaît réellement les vrais prix.

Les grandes entreprises ont tellement réduit les coûts à travers différents procédés (principalement la délocalisation) que les prix qui sont affichés en temps normal correspondent souvent à des prix exorbitants par rapport aux coûts de production.

femme avec du vernis jaune regarde une étiquette de réduction -50% dans un magasin de vêtements

Les "réductions" sont alors juste un moyen de vendre des produits avec toujours une bonne marge tout en faisant croire aux consommateurs qu'ils font une bonne affaire.

Ce ne sont même plus les invendus qui sont soldés aujourd'hui.

Si parmi toutes les formes de soldes qui existent, c'est le black friday qui est souvent ciblé, c'est parce que son existence n'a absolument pas lieu d'être en dehors des Etats-Unis.


On consomme toujours plus même si cela n'a aucun sens, on produit donc toujours plus, ce qui finit inévitablement par épuiser les ressources de la seule planète que nous pouvons habiter.

Exemple le plus probant ? L'industrie de la mode et la fast-fashion bien sûr.

En Europe, il y a chaque année 4 millions de tonnes de vêtements qui sont jetés alors qu'il y a 5 millions de tonnes de vêtements qui sont vendus.


Vous avez bien lu, il y a quasiment autant de vêtements jetés que de vêtements vendus.

Vous vous demandez sûrement comment cela est possible.

C'est bien simple, ce sont les grandes marques qui ont imposé ce modèle économique.

Le concept de la fast fashion qui veut que l'on achète toujours de nouveaux habits encourage les consommateurs à adopter la "culture du jetable".


Compte tenu de la rapidité de production et des changements de tendances, il est à un moment nécessaire de se séparer de ces anciens produits pour pouvoir se permettre d'en acheter de nouveaux.

Nous continuons à acheter des vêtements encore et encore car nous avons le sentiment d'en avoir "besoin".

dressing très lumineux, bien décoré et rempli d'habits

Ces "besoins" ont en réalité été crée en utilisant des procédés comme le black friday (et bien sûr toutes les publicités qui vont avec).

Résultat des courses : Les femmes ont des dressings quatre fois plus rempli qu’en 1980 alors que personne n'a jamais entendu parler d'un nombre de vêtements trop peu nombreux à cette époque où le style était au contraire à son apogée selon beaucoup.


Toute cette consommation accélère, alors que les nombreuses étapes nécessaires à la confection d’un vêtement participent au trop lourd bilan environnemental de l’industrie de la mode : production de matières premières, transformation (teinture, ennoblissements), transport

Chaque étape de la confection jusqu'à la fin de vie du vêtement entraîne une pollution des sols et/ou des eaux, et une grande consommation d’eau et d’énergie.


Par exemple, une culture comme celle du coton est très trèèès gourmande en eau.

Il nous faudrait l’équivalent de 13 ans pour boire la quantité d’eau nécessaire à la fabrication d’un jean en coton conventionnel (7000 à 10000 L).

2 milliards de jeans et de T-shirts sont fabriqués chaque année et 20% de la pollution de l’eau industrielle dans le monde est lié au traitement et à la teinture des matières textiles.


Cette soif immense du coton est due au fait que le cotonnier est une plante très fragile qui nécessite d’importants traitements.

L’intensification des cultures pour répondre au rythme effréné des productions a entraîné une recrudescence des pesticides et des Ogm utilisés dans ces champs de coton.


En Inde, sur une saison, un producteur de coton va souffrir en moyenne de trois cas d’intoxication aux pesticides et 20 nouveaux cas de cancer par jour lié à la production de coton sont détectés.

Une fois que les sols ont été abîmés par tous ces produits, les cultivateurs se voient dans l'obligation d'utiliser encore plus de pesticides pour maintenir le niveau de production.

très grand champ de coton avec un ciel dégagé peu nuageux

Ajoutez ensuite à cela les déchets issus de ces productions qui finissent par se déverser dans les champs et rivières environnantes puis vous obtenez un désastre écologique et surtout humain.

La fast fashion n'utilise pas seulement du coton mais également des matières encore moins renouvelables comme le polyester, l’élasthanne, le nylon ou l’acrylique, ces matières sont issues du pétrole dont on n'a pas besoin de lister les effets malfaisants.


En plus de tout le pétrole utilisé pour fabriquer les vêtements, lorsque nous lavons nos vêtements en polyester à la machine par exemple, des microparticules se détachent et partent dans les eaux usées.

Etant trop fines pour être filtrées, ces microparticules sont rejetées à l’océan et viennent grossir le fameux continent de plastique qui se trouve entre l’Asie et l’Amérique.


On estime à 1,2 milliard de tonnes les gaz à effet de serre qui sont émis chaque année par le secteur du textile, un impact plus important que les vols internationaux et le trafic maritime réunis.

Chaque garde-robe française émet environ 1,37 tonne de CO 2.

Cela équivaut à une empreinte carbone similaire à celle d'une voiture roulant plus de 5 000 km (on vous passe les problèmes sociaux des travailleuses pour ne pas vous déprimer).


On va donc dire les choses clairement et simplement, acheter des nouveaux vêtements = participer consciemment au réchauffement climatique.

Si avec tout cela on ne vous a pas convaincu, on vous informe qu'une étude a établi que les économies réalisées lors du black friday sont en moyenne de l'ordre de 2%.


Le principe même de soldes ponctuelles organisées sur des produits neufs n'a de toute façon aucun sens, un produit ne peut pas valoir 50€ avant et après le Black Friday et moitié moins pendant l'évènement, une entreprise ne fonctionne pas de cette manière.


Le green friday, késako ?

deux hommes manifestent dont un qui porte un t-shirt save the climate

Le Green Friday a été initié en 2017 quand les membres du réseau Envie, (un réseau d'entreprises qui se veulent engagées) se sont rendus compte que le Black Friday commençait à prendre une place un peu trop importante en France.

L'idée première était de profiter de cette journée pour proposer de l’électroménager recyclé à prix cassés.


Ils ont ensuite décidés d'aller plus loin en créant le green friday qui se sert de cette journée comme prétexte pour inciter les consommateurs à changer leurs habitudes de consommation pour privilégier des produits plus durables, avec un impact environnemental et social moins désastreux.


Au-delà de ces considérations, le plus important est surtout de faire comprendre qu'il faut consommer moins.

Il y a donc de plus en plus de marques qui s'engagent aujourd'hui à supprimer toutes les remises le jour du Black Friday et propose à la place de reverser une partie du chiffre d’affaires à une association.


Les structures qui souhaitent rejoindre l’association sont présentes dans toutes sortes de secteurs mais doivent être impliquées directement dans le réemploi et/ou la réparation, la non-consommation ou la consommation raisonnée, le commerce équitable, l’insertion et la production ou la vente de produits et services écologiques (issus de l’agriculture biologique, économes en ressources non renouvelables ou faiblement renouvelables, à faible bilan carbone... (notamment produits locaux)).


Qu'est-ce qu'une initiative comme le green friday peut changer ?

femme à côté d'affiches révolutionnaires dans un square en pleine nature

Première chose très importante, le green friday peut dissuader certaines personnes de faire des achats inutiles pendant le black friday.

Chaque consommation compte et chaque personne qui réfléchira à sa consommation avec le green friday trouvera la force de résister à la tentation d'acheter quelque chose dont il n'a absolument pas besoin pendant le black friday.

Ces achats avortés ont un impact très positif même si ils peuvent paraître minuscules.


Le but n’est pas de faire culpabiliser les gens, simplement de leur donner de l'information à laquelle ils n'ont pas accès dans les médias qui vivent de la publicité.

Ils peuvent ainsi avoir une consommation éclairée et se rendre compte que certains de leurs achats ne sont pas vraiment utiles et aggravent la situation environnementale sans raison.


Réparer ou donner plutôt que de jeter, prendre soin des objets pour qu'ils durent plus longtemps, acheter local... le green friday permet de sensibiliser à toutes ces pratiques vertueuses.

Il y a aussi des événements et happenings de sensibilisation à la consommation responsable qui sont organisés dans toute la France.


Il y a un autre collectif intitulé "Make friday green again" qui s'inscrit dans la même démarche.

Le Black Friday bat chaque année des records de transactions bancaires, il est donc vital que celles et ceux qui sont conscientes des dérives agissent pour inverser la tendance.


Est-ce que tout cela est suffisant ?

manifestation avec des pancartes there is no planet b

Clairement, non, en tout cas pas pour l'instant, le black friday est en croissance comme on l'a dit et le green friday a encore bien du mal a lui faire de l'ombre. De manière plus générale, la surconsommation bat son plein et même si le "moins mais mieux" gagne du terrain, cela reste encore trop marginal.


Il y a tout de même des motifs d'espoir, la pandémie a permis à beaucoup de gens de se rendre compte de l'absurdité de la société dans laquelle nous vivons.

Un sondage Yougov a montré que 56% des sondés qui représentent la population française dans son ensemble considèrent que le Black Friday est une source de gaspillage et 41% pensent même que les marques "devraient boycotter l'événement". 69% d'entre eux se disent enfin "favorables" à l'initiative du green Friday. Il y a donc une volonté de changement mais il faut que les consommateurs se rappellent de leurs idéaux au moment d'acheter car on observe souvent une "dissonance cognitive".


Tout n'est pas parfait dans le green friday, il y a bien sûr des marques qui se servent de cela pour se faire de la pub auprès d'un public "écoresponsable" et il y a parfois une part de greenwashing, mais cette initiative fait quand même avancer les choses dans le bons sens.


C'est tout pour aujourd'hui, prenez soin de vous et des autres !!!

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