Quel lien entre viande et écologie ?

Dernière mise à jour : 10 juin


vaches blanches et marrons en train de brouter dans une prairie

Quelle est la pollution générée par l'industrie de la viande ?

Faut-il manger moins de viande pour l'environnement ?

Toutes ces questions trottent dans la tête de beaucoup de gens à une époque critique d'un point de vue sanitaire et environnementale où l'on entend tout et son contraire à propos de la viande.


N'étant pas parmi les plus sensibles à la souffrance animale, je me suis pendant longtemps tenu éloigné de ces questions autour de la viande.

Nous allons tenter d'expliquer aujourd'hui pourquoi ces questions nous concernent tous au-delà de la souffrance animale.


Situation actuelle

Commençons par quelques chiffres pour nous rendre compte des conséquences néfastes qu'a l'élevage sur notre mode de vie.

La France importe chaque année plus de 2 millions de tonnes de soja en provenance du Brésil et 90% de ce soja est voué à alimenter des volailles et des porcs de l’agrobusiness, qui en engloutissent au total des millions de tonnes chaque année.


Vous me direz sûrement : quel rapport avec l'écologie ?

Le rapport est que les cultures de soja grignotent l’Amazonie, "poumon vert de la planète". Vous vous souvenez probablement des incendies qui avaient été assez médiatisés l'année dernière, on estime à plusieurs millions le nombre d’hectares de forêt qui disparaissent chaque année en Amérique du Sud à cause du soja, un nouveau record a même été battu en juin dernier.


Et au delà du fait qu'avec la forêt, ce soient les populations autochtones qui sont mises en péril, la déforestation contribue indirectement au changement climatique.

Les grandes aires boisées sont des puits de carbone qui stockent le dioxyde de carbone rejeté par les différentes activités humaines telles que les productions de matériaux ou le transport.

forêt vue d'en haut avec beaucoup d'arbres

Elles rafraîchissent l’air car sous l'effet du soleil, l'eau absorbée par les arbres s’évapore, ce qui crée de la vapeur d’eau.

Cela conduit à la formation de nuages qui génèrent de nouvelles précipitations. La déforestation vient interrompre ce processus et prive l’atmosphère de cet effet rafraîchissant, ce qui menace notre capacité à pouvoir vivre sur Terre à des températures supportables.


Les forêts emmagasinent 20 à 50 fois plus de CO2 que tout autre écosystème.

Si ces forêts sont détruites, le carbone est de nouveau libéré sous forme de gaz à effet de serre, notamment dans des situations de défrichement par le feu.

C'est donc des quantités gigantesques de CO2 qui se retrouvent rejetées dans l’atmosphère.


Un chiffre simple pour en revenir à la viande, produire un kg de bœuf équivaut à une émission de 27 kg de gaz à effet de serre (l'équivalent de 100 km en voiture).

Les forêts sont donc au cœur du combat contre le réchauffement climatique.

L’élevage prend en plus beaucoup de place.


70% de la superficie agricole totale (pâturages et terres cultivées pour la production d’aliment) est utilisée dans le but d'élever des animaux qui serviront à la nourriture humaine.

Vous vous dites peut-être que c'est un mal nécessaire, que nous sommes obligés de manger de la viande mais le fait de manger moins de viande n'a rien de nouveau en réalité.


Depuis la moitié du siècle dernier, notre consommation de viande a quasiment doublé, pour passer de 44 kg par an et par personne à plus de 85 kg, tandis que dans le même temps, notre consommation de légumineuses et de céréales a elle fortement chuté, l'accélération productiviste de notre société a donc eu beaucoup d'effet néfastes, y compris pour l'environnement (et pour notre santé).


La surproduction, ce fléau...

champ de blé avec des arbres autour sous un ciel orange

Les sols agraires souffrent eux aussi de l’intensification de la production animale.

L’industrialisation de masse perturbe l'équilibre entre l’élevage et les ressources naturelles. Dans ces usines de production de viande, il n'y a plus de lien entre l'animal et l'humain.

Les systèmes modernes reposent très majoritairement sur une alimentation achetée à l’extérieur, loin des fermes traditionnelles où la nourriture nécessaire au bétail était cultivée sur place.


Les effluents produits par l’élevage intensif polluent en plus les sols et les eaux de ruissellement à cause de la forte concentration de nitrate qui se trouve dans les selles des animaux.

Ce nitrate se retrouve ensuite dans les nappes phréatiques, puis dans nos rivières et nos océans.


La Bretagne est une région qui est particulièrement exposée avec la prolifération des algues vertes qui polluent les plages chaque année (un tout récent rapport de la cour des comptes a montré que la situation s'aggravait).

Ces algues émettent des gaz toxiques qui peuvent s'avérer mortels si on les inhale ce qui a par exemple été le cas de Thierry Morfoisse, un employé chargé de transporter les algues vertes en 2009.


Surproduction, déforestation, pollution, ce triptyque ne laisse pas de doute quant au fait que les effets secondaires de l'industrie de la viande ont des conséquences désastreuses.

Il est donc évident qu'il est nécessaire de réfléchir à notre manière de consommer de la viande et de nous adapter aux réalités auxquelles nous devons faire face.


La surproduction est un scandale écologique et cela va même au delà de la viande.

La production laitière n'est pas en reste par exemple et elle est un bon exemple pour comprendre que la manière de produire est un plus gros problème que la production elle même.


Les produits laitiers, pas vraiment nos amis ?

bol de lait jaune renversé avec des céréales jaune sur une table rose avec un fond bleu

Les impacts environnementaux de cette production varient énormément en fonction des pratiques de gestion agricole.

Les impacts environnementaux dont nous parlons ici sont les mêmes que pour la viande : les émissions de gaz à effet de serre, la pollution des sols et de l’eau, la perte de la biodiversité et la mise en danger de la santé des êtres humains et de la faune.


Le problème de l'eau est particulièrement préoccupant.

Les engrais synthétiques (notamment l’azote et le phosphore) qui sont utilisés pour produire des aliments pour les animaux (maïs, soja, orge...) se retrouvent ensuite dans leurs déchets et peuvent polluer le sol, les systèmes fluviaux, endommager les écosystèmes et diminuer la qualité de l’eau douce si ils ne sont pas bien traités.


En outre, L’homogénéité des prairies utilisées pour nourrir les animaux peut diminuer la diversité et la richesse des différentes espèces qui sont censées y être présentes.

Des études réalisées en France montrent que les populations aviaires sont moins diversifiées quand elles sont proches d’une production animale intense.


D'autre part le soja et le colza, qui comme on l'a dit à maintes reprises, sont utilisés pour la nourriture des animaux laitiers, sont des plantes entomophiles.

Cela signifie qu'elles dépendent des insectes pollinisateurs pour se développer, plus particulièrement des abeilles.


C'est de cette manière que l'industrie laitière participe au déclin des insectes pollinisateurs. Des pesticides tueurs d’abeilles sont utilisés dans la culture des céréales et des plantes oléagineuses qui servent à l’alimentation animale.

maquette de deux vaches avec deux bouteilles de lait et des nuages sur un fond bleu

La transformation et le transport des produits laitiers étaient responsables d'environ 4% des émissions de gaz à effet de serre mondiales selon les estimations en 2010.

Un chiffre qui a probablement augmenté aujourd'hui car la consommation ne fait qu'augmenter elle aussi.

La majorité de ces émissions proviennent bien de la ferme et non du transport.


Émissions de CO2 mais aussi de méthane.

Ce gaz a un effet réchauffant 28 fois supérieur au CO2 sur 100 ans.

Il est produit par la digestion des animaux et se dégage également du purin stocké ou répandu dans les champs.


Faisons maintenant un petit point sur les œufs.

La majorité des œufs produits aujourd'hui le sont en batterie même si cette pratique est censée être interdite en France en 2022.

L’impact le plus important des œufs produits de cette manière sur l’environnement vient de la manière dont les poules qui "vivent" dans ces élevages sont nourries : une nourriture à base de soja et d’huile de palme.


Ces produits importés de vous savez où entraînent vous savez quoi si vous avez lu le début de l'article.

Les pesticides comme le fipronil qui sont utilisés dans le cadre de l'élevage de ces animaux participent également à la pollution des sols et de l'eau.

On estime enfin que la production d'une douzaine d’œufs en batterie émet 2,66 kg de CO2.


Après avoir lu tous les faits qui viennent de vous être présentés, vous vous posez peut-être la question suivante.


Faut-il passer d'un régime omnivore à un régime végétalien ?

pilules jaunes sortent d'un flacon blanc pour être sur une table

Compte tenu de l'urgence climatique, cette solution radicale pourrait être efficace.

Il est clair que les végétaliens polluent beaucoup moins que les autres si l'on ne prend en compte que l'alimentation.


Cependant, si vous vous lancez dans cette expérience, vous devez veiller à vous alimenter de bonnes choses pour ne pas avoir de carences et vous serez de toute façon obligés de prendre des compléments alimentaires pour la vitamine B12 que l'on ne trouve dans quasiment aucune ressource végétale et qui est nécessaire pour la formation de vos globules rouges.


Les compléments alimentaires pouvant s'avérer dangereux, il n'est pas forcément utile d'aller jusqu'à cet extrême mais il est important de réduire sa consommation et surtout de bien choisir les aliments issus de l'élevage animal que nous consommons. Comme nous venons de l'expliquer avec les œufs élevés en batterie par rapport aux œufs élevés en plein air, les conditions de production des aliments issus de l'élevage sont ce que vous devez absolument regarder avant d'acheter.

Le fait de réduire votre consommation vous permet de consommer de bons produits locaux, issus de l'agriculture biologique et à un prix plus juste pour des éleveurs qui font bouger les choses en tournant le dos à l’élevage intensif pour revenir à des méthodes traditionnelles plus durables.


Il y a aujourd'hui de nombreuses structures qui vous permettent de consommer ce type de produits.

Les producteurs en général doivent être aidés pour pouvoir se rediriger vers des systèmes moins nocifs pour l'environnement.

boucher avec un tablier et des gants en train de toucher sa viande

Entre un élevage intensif et une ferme agroécologique, la différence en terme d'impact sur l'environnement est encore plus immense que ce que vous croyez.

Les 10 % de la production de bœuf les plus générateurs gaz à effet de serre en émettent 105 kg pour 100 g de protéines, a contrario les 10% de la production de bœuf les moins générateurs de gaz à effet de serre n’en émettent "que" 20 kg pour 100 g de protéines.


C'est évidemment toujours beaucoup plus que les protéines végétales mais la différence n'est pas négligeable.

Pour les produits laitiers, c'est la même chanson, une étude a été publiée mi-janvier 2019 par The Lancet sur l'assiette idéale pour nourrir 10 milliards de personnes.


Il ne faudrait consommer que 250 grammes de produits laitiers par jour.

En en consommant en trop grande quantité, le lait et ses dérivés pourrait provoquer une fragilisation des os (un comble !)

Diminuer les portions de viande et de produits laitiers, insérer des menus végétariens avec des légumineuses et des céréales complètes, faire varier les sources de protéines, tous ces petits efforts auront un grand impact et vous aideront à vous sentir mieux.


La nourriture végétale peut donc vous apporter quasiment tout ce dont vous avez besoin au niveau nutritionnel et peut agréablement vous surprendre au niveau du goût.

En conclusion, on ne peut que vous dire que le plus important quelque soit ce que vous achetez est de faire attention à avoir une alimentation variée qui ne vous met pas en danger.


Sur ces bonnes paroles, on vous laisse, prenez soin de vous et des autres !!!

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